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Réalités rurales | Succession – pour (tout) transmettre à la génération suivante

Éd. Remarque : Cet article d’abord est apparu sur ARC2020.eu. ARC2020 est une plateforme pour les acteurs de l’agroalimentaire et du monde rural travaillant sur de meilleures politiques alimentaires, agricoles et rurales pour l’Europe.

L’agriculture est un travail que vous vivez. Pour les agriculteurs, la succession est plus qu’un simple transfert de la ferme physique, des terres et des bâtiments. Comment vous assurez-vous que toutes ces connaissances et cette expérience ne sont pas perdues une fois que vous avez bâti une entreprise agricole prospère ? Cette question préoccupe tous les agriculteurs qui ont participé au projet « Nos Campagnes en Résilience ».

L’enjeu est de taille en France : selon Terre de Liens, un quart des agriculteurs atteindra l’âge de la retraite dans les cinq prochaines années.

Deuxième partie d’une série analysant les sujets brûlants autour de la transition, par l’équipe de Nos Campagnes en Résilience.

Lire cet article en anglais

La succession en fait partie les neuf thèmes communs qui ressortent de nos entretiens avec les acteurs ruraux

La succession est souvent une affaire de famille. La ferme se transmet de génération en génération.

« C’était la ferme familiale qui appartenait à mes parents et avant cela à mes grands-parents. L’endroit où nous nous trouvons aujourd’hui à la ferme est un moment d’une longue évolution qui a commencé il y a longtemps et l’idée est que la ferme telle que nous la gardons en vie aujourd’hui peut être transmise de la meilleure façon possible et à l’avenir rester en vie dans le la meilleure façon possible, avec le maximum de personnes travaillant sur cette ferme à cet endroit.

Mathieu Hamon, producteur laitier

La ferme est porteuse de sens, une histoire partagée qui se construit au fil du temps avec les gens et leur vie. Il ne s’agit pas seulement d’hériter de bâtiments ou de terrains ; il laisse également un héritage familial culturel. La dimension émotionnelle est importante, tout comme les valeurs et les savoirs véhiculés. Bien qu’il puisse y avoir ou non une continuité dans le choix des pratiques agricoles d’une génération à l’autre, cela peut être une préoccupation pour la génération précédente.

« Ils avaient peur pour nous parce que c’était un modèle qui n’existait pas. Mais ils nous ont fait confiance »

Marion et Benjamin Henry, agriculteurs mixtes

Cet héritage culturel se transmet intuitivement et sert de base au futur agriculteur.

Or, tout cela est ignoré par le cadre légal en France. L’héritage est souvent limité à la valeur marchande, qui est déterminée par le prix de la terre et l’activité agricole. Cette vision à courte vue de la succession crée beaucoup de frustration et de ressentiment. Une fois de plus, la dimension humaine est reléguée au second plan et reléguée à une sous-catégorie au sein du modèle économique dominant. Nous avons un besoin urgent d’un changement de paradigme dans l’approche de la succession.

Lorsque le chantier est transmis à une personne extérieure à la famille, la transmission a tendance à être plus fluide. D’autant plus si le processus est bien pensé en amont : ce qui a été acquis ou construit doit être transférable.

« La génération précédente avait une perspective de successeur, ce qui a facilité notre installation »

Sylvie Chapeau, productrice laitière

En cas de succession, la forme juridique de l’exploitation, sa taille, son équipement et sa rentabilité doivent être pris en compte. Mais c’est plus que ça, comme nous l’a dit Sylvie : il y a aussi l’organisation de la ferme et la philosophie qui la sous-tend. Deux choses étaient essentielles pour Sylvie : pas d’écornage et le système de pâturage. Ce sont là les facteurs décisifs pour qu’elle ose cette nouvelle aventure.

Un instrument intéressant pour la succession en France est la coopérative agricole ou BCAE (Groupement Agricole d’Exploitation en Commun). Cette forme juridique signifie que les membres de la coopérative peuvent rejoindre ou quitter l’entreprise en achetant ou en vendant des parts de la coopérative. Cependant, de nombreux obstacles subsistent, notamment administratifs.

« Entrer et sortir de l’agriculture est trop compliqué. Avec tous les verrous économiques et administratifs, c’est un véritable parcours du combattant.

Benjamin Henry, agriculteur mixte

La dette est un autre obstacle. Poussés par les investissements, les petits agriculteurs se retrouvent parfois dans des situations financières difficiles qui les empêchent de passer à la ferme.

« Vous remboursez la terre toute votre carrière, votre terre est maintenant un capital et vous la vendez ou vous la possédez et la louez comme le font de nombreux agriculteurs aujourd’hui »

Marion et Benjamin Henry, agriculteurs mixtes

Ce manège d’investissement doit changer : les politiciens doivent comprendre que les subventions à l’investissement poussent les agriculteurs dans une courbe d’évasion de l’achat et de l’emprunt, ce qui, dans certains cas, conduit à la ruine ?

La question de la succession se pose. Pour tenter d’inscrire la question à l’agenda politique, des réseaux d’agriculteurs ont tenté de sensibiliser et de l’introduire dans le débat public. Il n’existe actuellement aucun cadre légal en France pour faciliter la passation.

Des initiatives citoyennes, des municipalités et des associations d’agriculteurs se sont emparées de la question. Pour ces groupes, la relève est essentielle pour faire vivre l’agriculture – et donc les territoires locaux.

En ce qui concerne l’économie sociale et solidaire, ils examinent différentes formes juridiques, par exemple la coopérative SCOP (Société CoOpérative de Production). Dans une structure SCOP, la coopérative serait constituée de l’exploitation elle-même plutôt que des salariés, ce qui faciliterait la transmission de l’exploitation. Une SCOP offrirait également de meilleures protections sociales aux salariés.

La succession ne se limite pas à l’entreprise

L’éducation joue un rôle central dans la transmission des connaissances et des compétences. En France, la formation agricole est du ressort du Ministère de l’Agriculture. De nombreux agriculteurs que nous avons interrogés se sont plaints que l’enseignement était dépassé, déconnecté de la réalité et n’incluait pas l’agroécologie.

« Avec le temps, on se rend compte à quel point on a développé des compétences qui ne viennent pas de notre formation. Tout au plus, nos compétences viennent en grande partie de notre formation générale pour m’ouvrir à des choses, j’ai appris des choses que je n’aurais jamais apprises.

Mathieu Hamon, producteur laitier

La formation agricole est basée sur des modèles conventionnels. Les éducateurs ouverts à de nouvelles possibilités restent l’exception. Cependant, de nouveaux paquets de mesures pour soutenir le virage écologique offrent une lueur d’espoir pour une refonte.

Les étudiants en agriculture doivent effectuer plusieurs stages pratiques dans des fermes partenaires. C’est une opportunité pour les jeunes et les agriculteurs de partager et d’apprendre les uns des autres.

« On apprend avec eux »

Fabienne Corbé, agricultrice et boulangère

En accueillant des stagiaires, les agriculteurs ont la possibilité de partager leurs expériences quotidiennes, leurs succès et leurs échecs, et de soutenir de manière proactive leurs futurs collègues. Les agriculteurs sont motivés par une volonté de contribuer à l’évolution du métier et des pratiques.

« J’ai la certitude de mon expérience. Quand je reçois un groupe de stagiaires, je leur dis : « Vous avez acheté des livres. Bien. Vous pourrez faire un bon feu avec et selon l’endroit où vous atterrirez vous ajusterez votre plan. Vous ne l’adapterez pas aux livres que vous avez lus. On ne peut pas comparer un endroit à un autre.

Stéphane Airault, maraîcher

Le savoir d’expérience des agriculteurs est un atout qui contribue au dynamisme du territoire et peut assurer une relève réussie.

Échange de connaissances entre personnes partageant les mêmes idées

Tous les agriculteurs interrogés ont insisté sur l’importance du partage des pratiques et des connaissances entre collègues. Ces formes moins visibles de partage des connaissances comprennent l’apprentissage informel ou indépendant et l’apprentissage entre pairs par le biais de réseaux organisés tels que CIVAM ou CUMA avec la contribution d’experts.

En offrant des opportunités de connexion et d’apprentissage, ils contribuent à faire évoluer les pratiques agricoles et citoyennes de ces acteurs ruraux.

« Notre formation est davantage liée aux réseaux dans lesquels nous nous trouvons actuellement, aux choses sur lesquelles nous nous sommes concentrés au fil des ans et à notre expérience. »

Mathieu Hamon, producteur laitier

L’État français prend de nouvelles mesures pour encourager la formation tout au long de la vie, notamment pour les travailleurs du secteur privé. En ce sens, les petits agriculteurs ont pris de l’avance depuis de nombreuses années, s’organisant pour assurer le transfert de savoir-faire, faisant bon usage des outils de base à leur disposition : réseaux existants, échanges et entraide.

La succession est une question de grande portée. La transmission à la ferme et la transmission des savoirs et de l’expérience associés par la formation formelle et l’apprentissage entre pairs : nous avons examiné chacun de ces aspects individuellement, mais aucun n’est indissociable. Bien qu’un sujet peu discuté, la succession comble le fossé générationnel. Trait d’union entre passé et futur, elle permet d’envisager l’avenir – dans la continuité ou en rupture – informé des échecs et succès passés.

Ne manquez pas la partie 1 du réalités rurales Série: Les pieds sur terre dans la bataille pour la terre.

Le volet 3 de la série est consacré à la liberté d’expérimenter, car si les fermes sont des laboratoires grandeur nature, leur savoir-faire est souvent méconnu.

Nos Campagnes En Résilience est le projet ARC2020 pour soutenir et connecter les initiatives liées à la résilience rurale en France. Visitez la page du projet ici et continuez à nous suivre Instagram, LinkedIn et Facebook. Si vous souhaitez vous impliquer, contactez notre coordinatrice de projet Valérie Geslin.

Crédit image teaser : La relève, lors d’une rencontre avec des agriculteurs participant au projet Nos Campagnes en Résilience, Alpes françaises, juillet 2021

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